« διπλασιασθέντος δ’ ὕστερον τοῦ λόχου » (ASCLÉPIODOTE, II, 9). Le moment du doublement de la profondeur de la phalange hoplitique

 
PIIS032103910015214-8-1
DOI10.31857/S032103910015214-8
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Abstract

According to the Hellenistic tactician Asclepiodotus, the basic unit of the phalanx, the λόχος, was, at some point, doubled from eight to sixteen hoplites, although he provides no other chronological information. Through analysing the sources, this article argues that it was the coalition army of heavy infantry from Argos, Athens, Thebes and Corinth which introduced this reform, during the war council that took place before the battle of Nemea, near Corinth, in 394 BC, which was “perhaps [the] greatest hoplite battle of classical Greece” (The Oxford Handbook of Warfare in the Classical World).

Abstract (other)

Согласно Асклепиодоту, автору эллинистического времени, написавшему трактат о тактике, в какой-то момент число воинов в λόχος, базовом подразделении фаланги, было удвоено с 8 до 16 гоплитов, но он не указывает время, когда это произошло. На основе анализа источников в статье показано, что данное нововведение следует связывать с состоявшей из тяжеловооруженных воинов союзной армией Аргоса, Афин, Фив и Коринфа. Решение об этом было принято на военном совете перед сражением при Немее рядом с Коринфом в 394 г. до н.э., которое было « perhaps [the] greatest hoplite battle of classical Greece » (The Oxford Handbook of Warfare in the Classical World).

Keywords
Received24.05.2021
Number of characters20262
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1 Dans la phalange hoplitique, l’escouade (λόχος) comptait à l’origine huit hommes. Mais ultérieurement, au témoignage du tacticien de la basse époque hellénistique ASCLÉPIODOTE, elle doubla : « διπλασιασθέντος δ’ ὕστερον τοῦ λόχου » – sans autre précision chronologique.1 Quand donc ce doublement s’opéra-t-il ? 1. ASCLÉPIODOTE, II, 9.
2 Monceaux avait rapporté qu’à la belle époque de la phalange hoplitique, « les divisions se rangeaient en file l’une à côté de l’autre et formaient la phalange proprement dite, ordinairement profonde de quatre à huit rangs (ζυγά), parfois de douze ou seize, même de vingt-cinq ou cinquante576 576 Thuc. IV, 91, 94 ; V, 68 ; VI, 67 ; Xen. Lac. polit. XI, 4 ; Anab., I, 2, 15; VII, 1, 23; Hell., II, 4, 34; III, 2, 16, IV, 2, 18 ; VI, 2, 21 ; 4, 12 ; 5, 19.. »2 L’examen de toutes ces références montrent que si, lors de l’Anabase (401 av. J.-C.), XÉNOPHON décrivit les Grecs au service de Cyrus s’alignant sur une profondeur de quatre rangs seulement,3 on peut supposer que cet ordre mince résultait, plus que des conditions particulières de cette campagne, du fait qu’il s’agissait là d’une revue, et bien que plus haut l’écrivain athénien ait écrit que Cyrus « ἐκέλευσε δὲ τοὺς Ἕλλήνας ὡς νόμος αὐτοῖς εἰς μάχην οὕτω ταχθῆναι καὶ στήναι »,4 « Ils ordonna aux Grecs de s’aligner et de rester immobiles, comme ils en avaient l’habitude pour le combat ».5 Car, en effet, la formation sur huit rangs paraît avoir été de règle, comme on le constate par exemple dès le temps de la Guerre du Péloponnèse : « Ἀθηναῖοι δὲ οἱ μὲν ὁπλῖται ἐπὶ ὀκτὼ πᾶν τὸ στρατόπεδον ἐτάξαντο »,6 « Chez les Athéniens, les hoplites s’étaient rangés, pour tout le front, sur huit rangs de profondeur »7 lit-on sous la plume de THUCYDIDE. « ἐπὶ ὀκτὼ » : c’était là, comme l’avait commenté Gomme « the normal Greek, including the Spartan, formation. Cf. v. 68. 3, vi. 67. 1 ».8 Cette profondeur sur huit rangs, en dépit du doute que l’on pourrait avoir à la seule considération du passage de l’Anabase de XÉNOPHON que nous venons d’invoquer, se retrouve, de fait, plus bas dans cette même œuvre.9 2. Monceaux 1892, col. 904a.

3. XÉNOPHON, Anabase, I, 2, § 15.

4. XÉNOPHON, Anabase, I, 2, § 15.

5. Masqueray 1930, 52.

6. THUCYDIDE, IV, 94.

7. De Romilly 1968, 66.

8. Gomme 1956, 564. On trouvait déjà cette affirmation sous la plume des spécialistes allemands du Griechisches Kriegswesen de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Ainsi sous celle de von Domaszewski 1926, 26: « Auch so entsprach die Phalanx der normalen Tiefe in der Aufstellung griechischer Hoplitenheere1. 1 In einer Tiefe von 8 Mann standen die Athener bei Tanagra (Thukyd. 4, 94), vor Syracus (Thukyd. 6, 67), Thrasybulos in Piräeus (Xenoph. Hell. 2, 4, 34). — Die Lacedämonier bei Mantinea (Thukyd. 5, 68), Derkylidas am Mäander (Xenoph. Hell. 3, 2, 16), Mnasippus vor Kerkyra (Xenoph. Hell. 6, 2, 21), Xenophons Söldner vor Byzanz (Xenoph. Anab. 7, 1, 23).. »  

9. XÉNOPHON, Anabase, VII, 1, § 23.
3 Il semblerait que ce soit chez ce même XÉNOPHON, mais cette fois-ci dans ses Helléniques, que se trouve la réponse à la question que, à la suite de l’extrait d’ASCLÉPIODOTE invoqué à l’abord de cette contribution, nous nous posions. En 394 av. J.-C., pendant la deuxième année de la Guerre de Corinthe,10 et lors des prodromes de la bataille dite du torrent Némée11 (qui se tint en fait plutôt, selon les dernières réflexions des spécialistes, aux abords de la rivière Longopotamos),12 les contingents de la coalition anti-lacédémonienne, ayant effectué leur concentration, « διωμολογοῦντο εἰς ὁπόσους δέοι τάττεσθαι πᾶν τὸ στράτευμα, ὅπως μὴ λίαν βαθείας τὰς φάλαγγας ποιούμεναι αἱ πόλεις κύκλωσιν τοῖς πολεμίοις παρέχοιεν ».13 « Pendant que s’échangeaient des (…) conventions sur la formation à adopter pour l’ensemble de l’armée, afin d’éviter qu’en prenant trop de profondeur les contingents des villes ne se prêtassent à un encerclement ».14 Le résultat de cette nouvelle organisation apparaît plus bas dans le récit, incidemment. Les Béotiens, occupant la position de choix, c’est-à-dire la droite, « πρῶτον μὲν ἀμελήσαντες τοῦ εἰς ἑκκαίδεκα βαθεῖαν παντελῶς ἐποιήσαντο τὴν φάλαγγα »,15 pour « commencer, négligeant la formation par seize, ils mirent leur phalange toute en profondeur ».16 En somme, cette nouvelle organisation de la phalange sur seize rangs de profondeur, décidée lors de ce conseil de guerre des stratèges de cette coalition grecque (qui réunissait avait tout, au témoignage de XÉNOPHON,17 le gros des infanteries d’Athènes, d’Argos, de Corinthe et des cités béotiennes, Orchomène exceptée), devait avoir conduit, à terme, à ce que le λόχος fût doublé en profondeur.18 10. Sur la guerre de Corinthe, il faudra mentionner l’utile monographie de Fornis 2007, et spécialement, pour le sujet qui nous occupe, la partie « 5. La guerra continental », 36–40.

11. Sur cet engagement, voir spécifiquement Cavaignac 1925, qui visait à démontrer que le nombre de six mille Lacédémoniens stricto sensu donné par XÉNOPHON n’est pas recevable. Plus récemment, signalons les études de Tuplin 1986, 51–52, ainsi que l’étude synthétique de Fornis 2003.

12. Tuplin 1986, 51.

13. XÉNOPHON, Helléniques, IV, 2, § 13.

14. Hatzfeld 1939, 17. La traduction de Brownson 1918, 287, avait été la suivante : « while they were (…) trying to come to an agreement with one another as to the number of ranks in depth in which the whole army should be drawn up, in order to prevent the states from making their phalanxes too deep and thus giving the enemy a chance of surrounding them ».

15. XÉNOPHON, Helléniques, IV, 2, § 18.

16. Hatzfeld 1939, 19. La traduction de Brownson 1918, 291, avait été la suivante : « in the first place, disregarding the sixteen-rank formation, they made their phalanx exceedingly deep, ». Tuplin 1986, 52, avait commenté la question mais pour examiner (et repousser) le point de vue de Pritchett selon lequel « 4.2.13 at least shows the two infantry forces to be roughly the same size. » Il est en effet curieux que ce dernier ait pu écrire, en ce basant sur ce passage-ci, que « Xenophon implies that the forces were nearly equal. », Pritchett 1969, 74. Car comme l’indiquait Hatzfeld 1939, 19, n. 1 « [c]’est, dans les Helléniques, la seule bataille où Xénophon nous renseigne avec précisions sur l’importance des effectifs engagés. ». L’infanterie de bataille rangée du côté lacédémonien montait, selon la description de XÉNOPHON, Helléniques, IV, 2, § 16, à 13 500 hommes. Du côté adverse, les coalisés auraient réuni quelque 24 000 hoplites (ibid., § 17). Cavaignac 1925, 275, avait judicieusement fait remarquer que les données contradictoires livrées en la matière par DIODORE, XIV, 82, § 10–83, § 1, mènent à penser que l’historien sicéliote, « en résumant Éphore, a interverti les deux chiffres [c’est-à-dire ceux des effectifs des deux camps opposés] ».

17. XÉNOPHON, Helléniques, IV, 2, § 18.

18. Les raisons de ce doublement furent tant générales que particulières. Du point de vue général, cette réforme s’inscrit dans la question qui valut tant qu’il y eut bataille entre infanteries combattant en ordre serré et de pied ferme, autrement dit la question du débat entre les vertus de l’ordre profond par rapport à celles de l’ordre mince.
4 Car de fait, après cette époque, divers extraits montrent que les formations de grosse infanterie de moins de seize rangs de profondeur sont considérées comme faibles – n’étant manifestement plus de norme. Faut-il ici invoquer cet épisode de l’attaque de Corcyre par l’amiral athénien Mnasippos (dans la première partie de l’année 373 av. J.-C. à ce qu’il semble de l’établissement d’une chronologie qui ne coule pas de source)19 où une unité spartiate, assaillie lors d’une sortie des Corcyréens, rangée sur la profondeur traditionnelle de huit rangs, voulut manœuvrer pour remédier à une formation peut-être trop mince ? 19. Cf. Underhill 1894b, 231. Voir aussi Underhill 1894a.

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